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Le salarié d’un épaviste, un garagiste et un expert comparaissent demain, à Évry. Tous sont accusés d’escroquerie et, surtout, « d’homicide involontaire ». Un procès qui remet au goût du jour ces affaires de voitures épaves, qui concernent des milliers de véhicules en France et qui, en 2014, étaient à l’origine du décès du meilleur ami de Vivien, alors âgé de 19 ans.

La voiture s’est ouverte « comme une vulgaire boîte de conserve »

A début de cette année-là, Vivien perd le contrôle de sa Clio sportive, achetée d’occasion dans un garage quelques jours auparavant, et percute le véhicule arrivant en face. Côté passager, son meilleur ami meurt sur le coup. La voiture s’est ouverte « comme une vulgaire boîte de conserve », a-t-il confié à l’AFP. Jugé pour « homicide involontaire », Vivien sera finalement relaxé. Sa sortie de route, il la doit à sa voiture : un cercueil ambulant. « Soudures grossières près du point d’impact », « chapes de fixation de l’essieu arrière desserrées », la voiture était dangereuse au-delà de 40km/h, raconte Jacques Chamard, auteur d’une contre-expertise judiciaire.

La Clio, gravement endommagée lors d’un précédent sinistre, avait été réparée illégalement par le salarié d’un épaviste, chez lui. Un ami garagiste avait authentifié les travaux et un expert complaisant l’avait autorisée à rouler.

VGE, pour véhicules gravement endommagés

A l’époque déjà, ce drame avait révélé les failles inquiétantes du marché de l’occasion. Dans la foulée, la gendarmerie avait interpellé en 2015 trois experts du Val-d’Oise, qui servaient de caution à des garagistes coutumiers des pièces volées. Ensemble, ils avaient signé 5.000 rapports frauduleux de remise en circulation. Le ministère de l’Intérieur a ordonné une réexpertise des 5.000 véhicules. Au total, 1.100 étaient impropres à la conduite et 1.600 autres sont interdits de rouler car leurs propriétaires ont ignoré le rappel.

Essieux fissurés, airbags et ceinture de sécurité déconnectés, train arrière endommagéla combine tenait en trois lettres : VGE, pour véhicules gravement endommagés. Ces voitures sont interdites à la circulation car leurs organes vitaux ont été abîmés lors d’un accident. Et chaque VGE doit faire l’objet d’un suivi par un expert, avant, pendant et après les réparations. Il valide ensuite leur remise en circulation. Mais les trois experts du Val-d’Oise n’ont jamais réalisé ces visites dans leur totalité. Les garagistes réparaient, eux, au rabais, avec des pièces volées, et revendaient au prix du marché. Une activité lucrative, dont l’expert est la clé de voûte : sans sa signature, la voiture est invendable.

La « complicité » des compagnies d’assurance ?

La profession se dit victime de marginaux. « Ces types-là ne travaillent plus avec les assurances, ils sont livrés à eux-mêmes, sans garde-fou », s’exaspère Sylvain Girault, de l’Alliance nationale des experts automobiles (Anea), syndicat des experts libéraux. Difficile de dénombrer ces renégats parmi les 3.350 experts agréés. Une source ministérielle explique en avoir « repéré une quinzaine » en quatre ans. Un ancien assureur estime qu’« il peut y en avoir une cinquantaine ».

En France, la procédure VGE concernait en 2015 près de 200.000 véhicules, selon la délégation interministérielle de la sécurité routière. 76.213 ont repris la route. « Il y a encore des milliers d’anciens VGE qui roulent et sont dangereux », s’affole un enquêteur qui dénonce la « complicité » des compagnies d’assurance auto. Sollicitée par l’AFP, la Fédération française de l’assurance répond, elle, que l’industrie « n’a pas à suivre les différentes transactions » post-ventes aux épavistes.

Une commission disciplinaire des experts et un dossier tentaculaire

Depuis l’éclatement de l’affaire, l’Etat a accéléré la remise sur pied d’une commission disciplinaire des experts, inactive depuis plusieurs années. Alors comment décourager les arnaques, alors que la répression des fraudes a récemment contrôlé 1.500 vendeurs professionnels de véhicules d’occasion, et recensé des infractions chez presque la moitié ? Le député Philippe Goujon (LR) propose une loi qui imposerait au vendeur une expertise avant transaction. Plusieurs cabinets le proposent déjà, pour 100 à 300 euros, une solution méconnue. Permettre au consommateur de vérifier l’historique du véhicule serait un progrès, propose pour sa part l’avocat Alain Leclerc. Les dizaines de victimes qu’il défend ignoraient avoir acheté un ancien véhicule gravement accidenté.

Un juge d’instruction d’Évry enquête depuis mai, mais seulement sur les 36 voitures vendues dans l’Essonne (sur les 5.000 pour lesquelles les trois experts ont signé un rapport frauduleux). Mais, de sources judiciaire, d’autres parquets refusent de s’attaquer au dossier tentaculaire. Aucun des professionnels suspects n’a été mis en examen jusque-là. Un enquêteur grogne : « Sans condamnation, le trafic est reparti. »

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