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Un énième frustration et une démission sur un coup de tête. C’est un peu comme ça qu’a commencé l’aventure Wheeliz. A sa tête, Charlotte de Vilmorin, 27 ans, ancienne communicante aujourd’hui entrepreneuse, bloggeuse et auteure. Handicapée moteur depuis sa naissance, elle tient le blog Wheelcome, où elle raconte avec humour le quotidien d’une jeune femme en fauteuil roulant. Grâce au succès de ses posts, elle est contactée par la maison d’édition Grasset pour partager son histoire dans un livre au titre évocateur Ne dites pas à ma mère que je suis handicapée, elle me croit trapéziste dans un cirque.

« L’humour a été un parti pris depuis le départ, mais il y avait aussi un désir de pédagogie. Ayant grandi dans un environnement 100% valide, j’ai rapidement vu que les gens ne se rendait pas compte des obstacles auxquels font face les personnes handicapées chaque jour. », se souvient Charlotte. Le blog est un franc succès. Parmi les lecteurs assidus, Rémi Janot, qui deviendra son futur associé. A l’origine de leur rencontre, un post rédigé comme une offre emploi.

A la suite d’une énième déconvenue, Charlotte vient de quitter l’agence de publicité dans laquelle elle travaille. Alors qu’elle se rend à un mariage dans le sud, elle reste coincée à la gare d’arrivée, car aucun moyen de transport accessible aux personnes en fauteuil roulant n’est disponible. Furieuse, elle rebrousse chemin, déterminée à ne plus vivre cette situation une fois de plus. Ni elle, ni personne d’ailleurs. L’idée de Wheeliz est née.

Crédit photo : Grasset

Faire évoluer les mentalités

« En France, on compte 100 000 véhicules utilitaires aménagés. Mutualisés, ils permettent de couvrir le territoire. Il fallait donc créer un service permettant aux propriétaires de les mettre en location, mais surtout aux personnes à mobilité réduite, qu’elles soient handicapées ou qu’elles aient des difficultés à marcher, comme les personnes âgées notamment, de pouvoir voyager se déplacer comme elles le souhaitent. », explique Charlotte.

Lorsque Charlotte commence ses premières recherches, elle est à la fois surprise, mais aussi très en colère, de voir qu’aucune autre entreprise n’est positionnée sur ce marché. « C’est dans ces moments-là qu’on se dit qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. », appuie-t-elle. Déterminée à faire évoluer les mentalités, mais aussi donner du sens à son activité professionnelle, elle invite Rémi à rejoindre l’aventure. Entre elle et lui, le courant passe tout de suite. Ils ont des compétences complémentaires : elle est experte en communication, c’est un prodige de l’informatique, mais surtout, il connaît très bien la problématique du handicap pour avoir lui-même deux amis proches en fauteuil roulant.

Il ne leur faudra que 9 mois pour créer l’entreprise. Depuis, 4500 personnes se sont inscrites sur la plateforme. 650 véhicules sont disponibles, maillant ainsi tout le territoire. Wheeliz propose à la fois des voitures avec rampe pour fauteuil ou des véhicules avec postes de conduite aménagés pour les intéressés ayant le permis de conduire. « Pour les propriétaires de ces véhicules, c’est aussi une manière de les rentabiliser. Une voiture aménagée coûte extrêmement cher, parfois entre 110 000 et 120 000 euros. C’est énorme, surtout que les personnes handicapées appartiennent le plus souvent à des catégories sociales plutôt précaires. », détaille Charlotte.

Dans un avenir proche, Charlotte planifie de proposer de nouveaux services, comme faire livrer la voiture directement au domicile des individus ne pouvant se déplacer ou mettre à disposition des chauffeurs pour ceux qui ne pourraient pas se faire conduire. La levée de fond d’un million d’euros qu’a réalisée Wheeliz en mars dernier devrait aider. De quatre personnes à ces débuts, l’entreprise en compte aujourd’hui plus d’une dizaine. « Nous sommes les seuls au monde à proposer ce service, nous avons donc vocation à internationaliser notre service, permettre aux personnes handicapées de voyager paisiblement. Notre cœur de métier, c’est l’accessibilité », précise Charlotte.

Très engagée, elle déplore parfois que les choses n’avancent pas assez vite : son dernier post en date se présente comme un coup de gueule vis-à-vis des innovations de Viva Tech, notamment un bras robotisé qui prépare des cocktails. « Ce robot pourrait sûrement aider des tas de personnes dépendantes à s’alimenter, mais non. On lui demande de décapsuler des bouteilles, shaker des glaçons et planter des ombrelles en papier. », écrit-elle. Dans la même idée, la campagne présidentielle a été un triste exemple de la sous représentation de la problématique du handicap en France. « Cette question a été la grande absente des débats. Il n’y a qu’au second tour qu’Emmanuel Macron a choisi de se positionner sur le handicap. Une initiative pour laquelle il a été applaudi, car ce n’est pas un sujet simple. », se rappelle l’entrepreneuse.

Elle concède tout de même que les mentalités évoluent de plus de plus, notamment grâce à la jeune génération. « Les jeunes n’ont pas peur d’innover et de monter leur société. Depuis quelques années, je sens que la perception du handicap évolue de manière positive. Les barrières sont en train de tomber. », s’enthousiasme-t-elle.  Dernière preuve en date ? Wheeliz a été considérée l’an dernier par l’Union européenne comme le meilleur projet d’innovation sociale de toute l’Europe.

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