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La pétition réclame l’euthanasie et l’autorisation du suicide assisté. Ce texte signé par 260 000 personnes a été publié vendredi dernier par Libération. « La sédation profonde et continue jusqu’à la mort (autorisée par la loi) est une avancée qui « n’est pas totalement satisfaisante », affirme le manifeste qui accompagne la pétition.

Choisir « le moment et la manière de sa mort »

Le texte plaide en faveur de « critères stricts » pour « autoriser le suicide assisté et l’euthanasie avec l’assistance de membres du corps médical et sous réserve que ceux-ci acceptent de pratiquer cet acte ». Plusieurs personnalités du monde de la culture ont signé le manifeste. Les écrivains Noëlle Chatelet et Olivier Adam, l’humoriste Guy Bedos, le philosophe André-Comte Sponville, ou encore le journaliste Bruno Masure figurent parmi les signataires.

La metteuse en scène Ariane Mnouchkine, les actrices Mylène Demongeot et Marthe Villalonga ou encore le médecin Etienne-Emile Beaulieu ont aussi apposé leur signature sur le document. Les signataires demandent au Président de la République et aux parlementaires de permettre « à chaque Français de choisir le moment et la manière de sa mort, lorsqu’il juge que la maladie ou un accident lui a totalement retiré toute qualité de vie ».

156 députés favorables à l’adoption d’une loi

Cette pétition intervient 2 jours après la publication dans Le Monde d’une tribune favorable à l’euthanasie. Dans cet autre texte, 156 députés demandent qu’une nouvelle loi soit adoptée « sans délai ». Parmi eux se trouvent 122 élus qui appartiennent au parti de la majorité présidentielle, La République en Marche (LRM). Ces députés favorables à l’euthanasie déclarent vouloir « donner aux malades en fin de vie la libre disposition de leur corps ».

Pour les élus, le choix de la personne « doit pouvoir être respecté, quand il est libre, éclairé, soumis à nulle contrainte ou dépression, exprimé de façon réitérée, et que des médecins ont confirmé l’impasse thérapeutique ». Cette démarche militante entend peser dans les Etats généraux de la bioéthique organisés par le Comité consultatif national d’éthique, qui se tiennent jusqu’à l’été prochain. Une loi devrait être présentée d’ici l’automne.

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    1 commentaire(s)

    1. dupont stéphanie

      Illusoire liberté, réponse à Monsieur Touraine

      Monsieur,

      Dans votre tribune du 28 février 2018 intitulée « Il convient de donner aux malades en fin de vie la libre disposition de leur corps », vous assumez à deux reprises un parallèle avec une autre question adossée elle aussi à ce concept de la libre disposition des corps : « il en va aujourd’hui de cette question comme il en allait de l’Ivg au début des années 70».

      Alors permettez-moi, Monsieur Touraine, de réagir à double titre à cette revendication fallacieuse.

      Tout d’abord en tant que mère. J’ai été victime dans mon propre corps de cette fausse illusion de la « libre disposition des corps » lorsque j’ai attendu un enfant dont le lourd handicap a été diagnostiqué pendant ma grossesse. Tout a alors été tenté pour ne pas nous permettre de le laisser naître et cette liberté de disposer de mon corps ainsi que de celui de mon enfant m’a été déniée.

      De cette expérience douloureuse qui atteignait une jeune femme fragilisée par l’écroulement de ses attentes, j’ai gardé un sentiment de défiance face aux discours qui prônent la liberté comme valeur ultime. Ma liberté s’est heurtée aux normes que l’on a voulu m’imposer, aux injonctions de cette société à laquelle j’appartiens.

      Aucune liberté n’est opposable aux pressions trop fortes que l’on rencontre, surtout quand on est fragile et vulnérable.

      Alors comme vous faîtes si bien le parallèle entre ces deux questions de la fin de vie et de l’ivg, je viens vous demander Monsieur Touraine : quelle sera la liberté des personnes malades en fin de vie de disposer de leur corps ? La liberté de ces personnes ultra-vulnérables ? Face à l’instrumentalisation d’histoires douloureuses de fin de vie qui font peur, et font mieux aimer « mourir avant que de connaitre une telle fin », face aux regards de ceux qui vous font comprendre que vous êtes un poids (pour eux, pour la société, …), face à la fallacieuse facilité de réclamer une sédation qui prive le malade de ses dernières relations conscientes avec son entourage… la « liberté » de demander à mourir se transformera vite, surtout pour les plus faibles, en « devoir ».

      En tant que bénévole d’accompagnement en soins palliatifs, et c’est mon deuxième titre, je viens parler au nom des personnes rencontrées dans des services où l’on meurt. On y meurt parce-que c’est l’heure, parce qu’au bout de la vie il y a une fin. Cette fin dont on ne veut plus parler dans notre société, cette fin que certains préféreraient escamoter plutôt que de la vivre. Comme si mourir plus tôt qu’avant la fin pouvait nous conférer une dignité, alors que la dignité ne peut s’attacher qu’au vivant ! Au vivant, qu’il soit bien portant ou malade, quel que soit son état et qui mérite tout notre intérêt.

      Je voudrais rendre hommage à Madame B. Lors de notre dernière rencontre, une semaine avant son décès, deux dignités se sont exhaussées.

      Dans ce service, nous rencontrons des corps souffrants et des esprits parfois égarés, mais ce sont toujours des hommes et des femmes en relation. Et cette relation ne se mesure pas en termes de qualité. Ce jour-là Madame B répétait « Emportez-moi, emportez-moi ! ». Elle me tenait les deux mains et son regard, suppliant et angoissé, était vrillé dans le mien. Quand je lui demandai où elle voulait que je l’emporte elle me répondait « chez moi ». Et son regard continuait de vriller le mien et en même temps de me vriller le cœur. Mon cœur s’affolait, mon esprit aussi : mais que puis-je faire pour elle ? Une envie de fuir m’a étreinte ! Mais c’était impossible puisque Madame B me tenait fermement les mains. Quelle chance en fait, une vraie chance pour nous deux ! Ce « regard à regard » a duré … 15 minutes. C’est long 15 minutes… Suffisamment pour avoir le temps de se demander : mais ne serait-elle pas mieux sédatée et endormie ? et suffisamment long pour trouver dans notre échange une réponse : si elle dormait, je ne pourrais pas être là, présente à son chevet et soutenant son regard sans faillir, lui souriant de mon plus beau sourire et lui répondant « je vous emporte dans mon cœur ». Au bout de 15 minutes, elle m’a souri aussi, son regard s’est fait doux, ses mains ont lâché les miennes et elle s’est détendue. Nous nous sommes dit « à bientôt ».

      Quelle a été votre liberté Madame B dans cet instant ultime ? Vous n’auriez sans doute pas choisi de vivre ce moment quand vous étiez en pleine forme…

      Et pourtant, par nos regards croisés et notre présence échangée, nous nous sommes élevées.

      Merci Madame B d’avoir permis cette rencontre.

      Stéphanie Dupont

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